En lisant le Science et Vie du mois d'octobre, je découvre un article d'Emile Heantjens sur le Vaccin végétal. Le Sémafort, uniant plusieurs immunisant, permet aux plantes de se battre pas elles-même contre les parasites. Le produit est en fait un éliciteur, un composé de différents fertilisants qui développe chez les plantes les cellules et molécules défensives. Des protéines antibiotiques sont stockées et se tiennent alors prêtes à passer à l'action en cas d'infection.
Outre les perspectives qu'ouvre le Sémafort pour les agriculteurs, notamment une meilleure protection des plantes et à terme une utilisation bien moindre des pesticides, le produit va également permettre aux agriculteurs bios d'avoir des plantes plus résistantes, et donner des arguments supplémentaires aux anti-OGM. Pourquoi cette stratégie est respectueuse de la plante ? Car il s'agit d'aider la plante à se renforcer et de lui permettre de lutter plus efficacement contre les parasites, et qu'il ne s'agit pas de changer son ADN ou de lui donner des substances chimiques tels les pesticides.
Cet article a résonné en moi, pour les raisons citées ci dessus, mais aussi parce que, me rappelant le fonctionnement des vaccins en général, il permet de montrer à tous pourquoi l'Arche de Zoé et tous ceux qui marchent avec leur philosophie ont tort.
Et si les Hommes étaient tels les plantes ? Et si il s'agissait non pas de les changer ou de les asperger de règles nocives, mais plutôt de les rendre plus forts pour mettre fin aux maux du monde ?
Les êtres humains, et c'est là-même la notion d'altérité, sont tous différents. Par leur physique, mais aussi par leur mental, leur mode de pensée. Ce qui va être vrai pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre. Chaque individu possède des expériences différentes, une philosophie particulière, une culture qui lui est propre et le situe dans la société. Prenons un exemple, dans un groupe d'amis, un jeune a des problèmes pour apprendre sa poésie. L'un de ses amis tente de l'aider en lui mimant le poème, car c'est la tactique que lui-même adopte. Malheureusement, ce processus ne marche pas chez notre jeune. Un autre ami trouve la solution : dessiner le contenu du poème pour mieux l'intégrer.
Quand on parle de développement, on voit donc bien qu'il n'est pas possible de prescrire à d'autres, en l'occurence aux plus pauvres, les actions qu'ils doivent mener. Parce que nous sommes tous différents les uns des autres, il ne s'agit pas de prescrire aux plus pauvres la manière dont ils doivent s'enrichir et s'anoblir, il s'agit plutôt de déterminer avec eux ce dont ils ont besoin, et les rendre capables d'acquérir cela. Tout comme le vaccin développe des capacités de défense plus forte, l'action des "développementalistes" doit tendre à développer les capacités de construire des plus pauvres. Dans les pays pauvres comme dans les pays riches, il s'agit donc de prendre soin de la santé et de permettre à chacun d'apprendre, de se cultiver, afin que tous soient à même de se défendre par eux-mêmes.
Telle est la perspective que développent aujourd'hui les experts des Nations Unies concernant le développement. Un amendement est venu s'ajouter, au mois de septembre, aux textes concernant la réduction de la pauvreté et les droits de l'Homme. Cet amendement, qui défend le droit des plus pauvres à participer aux processus de lutte contre la misère, constitue en lui-même un renforcement de la capacité de chacun à se défendre, et vient rappeler les paroles du Père Joseph Wresinski, en février 1968 :
" Nos efforts seront vains s'ils n'aboutissent pas à rendre les pauvres capables de penser par eux-mêmes et de s'exprimer, s'ils ne les conduisent pas à échanger des idées, à participer à la réflexion commune. La vraie, la magnifique charité aura donc pour but de leur offrir la culture. Toutes les autres tentatives ne peuvent être substituées qu'à ce don puisqu'elles ne permettent pas aux pauvres de penser et d'agir en union avec leur communauté, et par conséquent d'aboutir par eux-mêmes à sortir de leur état."
La vraie, la magnifique charité, n'est donc pas d'imposer aux pays pauvres les mesures à prendre pour se développer. Elle n'est pas non plus de sortir par la force des enfants de leur situation de pauvreté, tel que l'a fait l'association l'Arche de Zoé, et tel que le fait chaque jour le gouvernement français en retirant des enfants à leurs parents, au grand malheur de tous.
La vraie, la magnifique charité est de respecter la dignité de chacun et les soutenir dans leur combat de survie quotidien, en les dotant des outils nécessaires.
Et d'ailleurs, l'association ATD Quart Monde défend chaque jour le droit des familles à décider de leur avenir, et à vivre ensemble...
http://atd-quartmonde.org/