MANIFESTATION DU 28 MARS
La question est, puisque les deux millions qui étaient à peu près ce que demandait de Villepin avant de retirer son texte ont répondu présents à l’appel des syndicats, pourquoi celui-ci s’entête-t-il dans son refus ? Considérations électorales, bien sûr. La présidentielle, la nécessité de s’allier de nombreux députés UMP, mais également de montrer sa force comparativement à celle de Nicolas Sarkozy.
Voilà ce qui restera de cette manifestation. En plus des mouvements de casseurs. Certes, ceux-ci existent, ils ne sont certainement pas qu’une invention ou une instrumentalisation ministérielle. Ils décrédibilisent le mouvement. Ils trahissent également un malaise, puisqu’ils sont souvent ceux qui seront justement les plus touchés par le contrat que nous attaquons. Par ailleurs, comme le remarquent certains, ces casseurs peuvent n’être que des gamins désemparés, qui n’ayant pas grand-chose à faire, et se sentant soudainement libres, viennent « foutre la pagaille ». Ce qui ne nous pousse pas plus à nous interroger sur les raisons de leur déchaînement contre les forces de l’ordre, manifestants et commerçants ; mais passons.
Ce qui passera inaperçu, par contre, ce sont les louanges faites aux policiers par notre cher Sarko. Nicolas Sarkozy a félicité les policiers. Et pourtant, en voyant passer près de la moitié du cortège, en faisant partie de celui-ci de 13 à 18 heures, je n’ai vu aucun acte de violence de mes propres yeux de la part de ces casseurs. J’ai seulement vu des policiers se ruer sur un groupe de jeunes banlieusards noirs, dans la rame même du metro, afin de mieux pouvoir vérifier leurs papiers. Comme ça, sans raison. Sans raison aucune. Et les usagers qui attendaient en haut, persuadés que les grèves avaient tellement ralenti la circulation des metros qu’ils devaient attendre jusqu’en haut des escaliers. Et ces gens, blancs, en bas, qui respiraient le gaz lacrymogène, et assistaient aux actes les plus racistes auxquels pour ma part je n’avais encore jamais assisté. Sans rien dire. Sans oser protester. Et le soir, en allumant la télé, les images de ces mêmes policiers, dans le même metro, expliquant qu’afin de protéger les manifestants, il fallait faire peur aux casseurs. Et qui vérifiaient les papiers de ces jeunes, tout oranges de gaz. Les images aux JT de 20 heures, qui montrent partout en France, ces mêmes casseurs, dont l’action ne sera pas entravée par ces flics mêmes que Sarkozy a félicité, mais par les services d’ordre des différentes écoles et syndicats, meilleurs protecteurs des manifestants pacifistes. Certes l’ambiance bon enfant de la manifestation a été entravée, surtout à la fin, place de
Les images télévisuelles, les casseurs quelque soit la raison de leurs actes, la convocation de Nicolas Sarkozy aux policiers ; mais ces images qui me restent dans la tête, de ces quelques noirs qui, sûrement en raison de leur couleur de peau, ont du subir le gaz lacrymogène sans avoir rien fait de plus qu’attendre un metro qui les amènerait à la manifestation. Et cette jeune fille ou ce jeune couple qui refusent de manifester parce qu’elle a peur de la violence. De la liberté de conscience à la non protection des pouvoirs publics. Paradoxal. Comme cette pseudo démocratie ; contradictoire. Avec ses prétentions, ses dites victoires. La fierté des français d’être dans le pays des droits de l’homme. Et dans le fond, l’impression que ceux-ci sont sans cesse bafoués. L’impression que dans une des plus grandes démocraties, il n’y a plus de droits ; qu’il n’y a, en fait, plus de démocratie.